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Chapitre 11 - Le local de Répèt

 

CHAPITRE 11 - Le local de répèt

 

- « Hey!  Samedi il y a une fête d'enfer ! »

   Laurent, le spécialiste des boums foirées et réussies avait parlé. Il revenait du Lycée et jeta sur le trottoir son sac militaire tout graffité au marqueur noir où figurait les noms de ses groupes préférés avec leur logo respectifs. Exactement comme les sacs des trois autres qui discutaient tranquillement assis sur leur parcelle de bitume habituelle.

« Où ça ? » demanda Franck.

« Pierrefitte, c'est chez une nana ! » répondit Laurent en s'asseyant à son tour avec son sourire narquois.

« Et les parents ? » Demanda Lucien.

   - « Sa mère est cannée depuis un an, le père est en province, il travaille sur des chantiers, là il est parti pour au moins six mois. Il envoie du fric à sa fille pour la maison et pour elle ».

   « Mais c'est canon un truc pareil, t'imagines... T'as la maison pour toi et en plus on t'envoies du fric ? » S'exclama Franck.
 
   « Arrêtes, y'en a qui ont vraiment de la chance », répondit Laurent d'un air rêveur.

   « T'imagines si y'avait pas nos parents » glissa Sylvain à son frère avec un regard qui en disait long.

   « Ouais, je t'explique pas l'état de la baraque ». Lucien eut un instant la vision de se voir dans cette situation. Il voyait la vaisselle s'entasser, les bouteilles d'alcool, les gigantesques boums qu'il organiserait et toutes les filles à qui il ferait visiter sa chambre. Laurent le ramena à la réalité.

   « Bah elle, elle fait des boums quand elle veut et à l'heure qu'elle veut, c'est simple elle fait ce qu'elle veut. »

   « Arrêtes tu me fais mal », gémit Lucien.

   « Bon, c'est quoi son prénom ? » demanda Franck.

   « Evelyne », lança Laurent.

   « Wouah, si elle est comme celle que j'ai connu cet été j'y cours » lança Lucien à la cantonade ».

   « Bin justement c'est loin être un boudin ».

   « Tu la connais ? »
 
    Laurent pris un air détaché.

   « Ouais, mais seulement comme ça je l'ai vue quelquefois, sa meilleure copine est dans ma classe ».

   « Et t'es invité ? » demanda son frère.

   « Ouais ». répondit Laurent comme ci cela était évident.

   Les autres le regardèrent avec une surprise non dissimulée.

   « Attends ! Tu veux dire que t'es vraiment invité ? » Demanda Lucien, surpris.

   « Bah ouais quoi. D'ailleurs vous aussi vous êtes invités ».

   Alors là c'en était trop pour une seule journée.

   « J'te crois pas », répliqua Franck.

   « T'es lourd Frankie, je te dis qu'on est tous invités ».

   « Ouais c'est toi qui nous invites alors ? » Repris Lucien.

   « Putain les mecs vous êtes vraiment des lourds. Je lui ai demandé si je pouvais vous inviter et elle m'a répondu Oui. C'est tout ».

   « Alors là franchement », dit Lucien, « j'suis scié, j'hallucine ! »

   « Elle est vachement cool, elle invite des mecs qu'elle connaît pas », répliqua Franck.

   « C'est parce que je suis un mec canon les gars, et je lui ai dis que mes potes étaient tous comme moi, mais en un peu moins classe évidemment ».

   « Alors là Laurent », dit Lucien, « franchement tu me tues ».

   « Nan mec, ça s'appelle tout simplement avoir de la classe ! »

   « Ouais, ben dis donc ça c'est quand même un super plan ! » s'exclama Sylvain. Ce n'était pas la peine de souligner l'habilité de son frère car pour une fois tout le monde la lui reconnaissait.

    Laurent était lui aussi assez satisfait de cette invitation, il était rare qu'il vienne à une fête en qualité d'invité. D'habitude il se lançait lui-même l'invitation.

   « Donc, comme cette fille est assez sympa pour nous inviter ça serait bien si on pouvait éviter de foutre la merde ! »

    Alors là Lucien et Franck eurent la certitude que quelque chose était en train de changer chez leur ami, à la limite cela en devenait presque inquiétant. Mais il était aussi vrai qu'ils n'avaient aucunes raisons particulières de se montrer désagréables envers cette jeune fille. Bien au contraire. Après un bref silence Lucien dit simplement.

   « D'accord, t'as raison. On va être hyper cool ! »

   Lucien se leva assez tôt pour un Samedi et vit avec plaisir qu'il faisait un temps splendide. Il se sentait euphorique, la journée s'annonçait bien. Il prit son petit déjeuner avec ses grands-parents et passa le reste de la matinée à écouter quelques disques. C'est-à-dire TRUST en boucle sur la platine. Ensuite, il alla déjeuner à l'appel de sa mère. Tout le monde était de bonne humeur.

   Le soleil brillait toujours dans un ciel limpide tandis qu'il appuyait sur la sonnette de la maison des deux frangins. Laurent apparut à la fenêtre.

   « J'arrive dans cinq minutes ! »

   « Et voilà », se dit Lucien, « jamais à l'heure ».

   Un quart d'heure plus tard la porte du garage laissait apparaître un Laurent tout neuf, veste en cuir, les cheveux bien en place, le jean noir moulant et la paire de santiags. La quantité de Patchouli qu'il avait versé devait être assez impressionnante à en juger par l'odeur qui émergeait de ses vêtements.

   « Et ton frère ? » demanda Lucien.

   « Il reste là », lui répondit Laurent avec une pointe de dépit et une bonne dose de rancœur.

   « Bah pourquoi ? »
 
   « C'est encore un coup de cette vieille pie, elle lui a dit qu'il était encore trop jeune pour sortir avec nous », éructa soudain Laurent. « Elle nous emmerde ! »

   A ce moment la fenêtre de la chambre de Sylvain s'ouvrit et sa mère apparue :

   « Laurent, oublies pas, t'as intérêt à être rentrer avant dix heures ! »

   « Ca va, ça va, je rentrerai à l'heure que je veux ! » Hurla t-il avec colère.

   « Laurent fait attention, t'as intérêt à rentrer à l'heure, sinon tu connais le tarif ! »

   « Ouais c'est ça, vas-y balance tes menaces ! » Ils entendirent alors la voix de Sylvain mais ils ne purent saisirent ces paroles. Paroles qui ne devaient pas être très aimables car la mère de Laurent lui intima l'ordre de se taire tout en refermant la fenêtre après avoir lancé un dernier regard rempli d'amour maternel à son fils aîné.

   « Putain, j'en ai vraiment marre de celle-là », grogna Laurent.

   Lucien avait assisté à la scène médusé. Il était toujours surpris de la violence avec laquelle s'affrontaient la mère et ses deux fils. Même au plus fort des disputes avec ses parents Lucien n'avait utilisé pareil ton.

   « Bon ! oublions ça et allons chercher monsieur Frankie », dit Laurent en s'éloignant. Comme d'habitude Franck n'était pas prêt. Une douche, un sèche cheveux, trouver les vêtements à porter. Tout cela lui prenait plusieurs heures.

   « Alors lui, c'est une vraie gonzesse ! » Lâcha soudain Lucien.

   « Ouais, ça fait combien de temps qu'on l'attend comme des nazes ?!

   « Une bonne demi-heure. Avec toi ça fait presque une heure que je vous attends, franchement j'aurai pu me passer un disque entier ».

   « Bon... Maintenant y'en a marre », dit Laurent en écrasant sa cigarette.

   A ce moment la porte s'ouvrit et monsieur Franck apparu.

   « Putain, Franck t'es lourd la prochaine fois on se casse ! » Lâcha Lucien avec une envie folle de lui rentrer dedans.

   « Quoi ? » répondit-il simplement.

   « Quoi, quoi ? »  T'as pas l'impression d'abuser un peu ?

   Si Franck s'attendait à des compliments pour l'élégance de sa garde robe c'était vraiment raté. 

   « Allez ! Allons-y ! » Entonna Laurent à l'adresse de ses deux confrères.

   Le trajet s'effectua dans une bonne humeur, chacun racontant des blagues et aussi les exploits de la semaine. Il devenait de plus en plus évident que le suivi de leurs études devenait de plus en plus aléatoire. Monter un groupe et faire la fête faisaient désormais partie de leurs objectifs communs. De toute façon ils n'avaient pas besoin d'avoir le bac pour jouer du Rock.

   « Quand je pense qu'il y a des tas de bouffons qui sont en train de réviser ! » Lança Franck.
 
   « Tu m'étonnes ! » Répliqua Lucien. « De toutes manières, avec les profs qu'on a, on aurait pas été loin. Ca fait deux mois que l'on n'a pas eu d'interro. C'est hallucinant ! »
 
   « Moi, le bahut je trouve ça gravement nul ! » Renchérit Laurent.

   « J'aurai jamais cru entendre ça de ta part ! »

   « Ouais, je sais mais je suis gavé, surtout avec mes vieux, ils m'ont bourré le crâne avec tous leurs conseils, "Travailles et tu auras une bonne situation", "Tu verras plus tard tu comprendras pourquoi tes parents te disaient t'apprendre tes devoirs", où encore "Si tu veux commander les autres tu dois faire des études et être le meilleur". Enfin tous ce genre de conneries quoi ». Laurent poursuivit. « En plus dès que je me suis mis à écouter KISS, ma mère m'a pris la tête, elle voulait pas que j'écoute ça. Elle a même essayer de cacher mes disques ».

   « Nan ! » S'exclamât Lucien avec un air indigné ... « Elle est vraiment grave ! »
 
   Laurent acquiesçât et continua son récit. Il avait envie de tout déballer.

   « Ouais, en plus quand elle a vu que je me laissait pousser les cheveux alors là j'vous explique pas le cinéma qu'elle m'a fait. Et que j'avais l'air d'une fille, que c'étaient les hippies, les drogués qui portaient les cheveux longs, que cela faisait sale, et tout le reste...que des conneries quoi. Enfin, plus elle dit que c'est pas bien et qu'il faut pas faire ceci où cela plus j'ai l'envie de le faire...La semaine prochaine j'ai décidé que j'irai me faire percer les oreilles ».

   « Wouah », répondit Lucien, « là tu vas te faire descendre ! »

   « M'en fous de toute façon je fais ce que je veux ! » Répliqua Laurent.

   « Et ton père ? » demanda Franck, « il dit rien ? »

   « Nan, mon père il est cool, lui aussi il en a marre t'entendre ma mère gueuler continuellement ».

   « Allez, stop aux embrouilles, on arrive ! » S'exclama Lucien.

   En effet quelques garçons et filles se tenaient devant la grille d'un pavillon, quelques motos ainsi que des mobylettes étaient garées dans l'allée principale. D'autres personnes entraient où sortaient un verre à la main. De la musique sortait de la maison toute entière et chaque fois que quelqu'un  poussait la porte le bruit s'amplifiait le temps que celle-ci se referme. Il semblait y avoir du monde. Beaucoup de monde.

   « Bah », dit Franck avec un ton classieux, « ce doit être une demoiselle très mondaine, c'est la grande foule ».

    « Tu m'étonnes », répondit Lucien, « elle a invité tout le bahut ou quoi ? »

    « Allez !... On y va », lança Laurent !

   Les trois compères entrèrent. La maison était vaste et il y avait du monde partout. Dans la salle à manger une table était recouverte d'une multitude de plats de toutes sortes, de bouteilles d'alcools et de jus de fruits. Tous les fauteuils étaient occupés par des couples en train de s'embrasser pendant que d'autres discutaient assis par terre.

   Ils entrèrent dans la cuisine, elle aussi envahie par des filles qui préparaient encore d'autres plats, les garçons eux mettaient des bouteilles de champagne au frais. Laurent, Franck et Lucien restaient interdits. Jamais ils n'avaient vu autant de luxe dans une boum.
   « Salut, t'as pas vu Evelyne ? » Demanda Laurent à un type les bras remplie de canettes de bières.

   « Là-haut » lui répondit-il en désignant de la tête un escalier.

    L'escalier étaient encombré de quelques types qui étaient déjà dans un état bien avancé, affalés contre le mur, ils s'engagèrent dans l'escalier. Plus ils montaient les marches et plus un autre bruit s'amplifiait à leurs oreilles.

   « Je rêve », lança Lucien à l'adresse de Laurent qui ouvrait la marche.

 « Y'a une autre chaîne qui marche à fond là-haut », lui répondit celui-ci.

   Ils arrivèrent au premier étage, toutes les pièces avaient les portes fermées. Le bruit venait du dessus, ils suivirent un couloir et se retrouvèrent devant un autre escalier qui semblait indiquer la direction du grenier.

   « Putain, mais c'est immense là dedans », murmura Franck.

   « Quoi ? »

   « C'est immense !!! » Hurla Franck.

   Lucien acquiesça. Laurent arriva le premier en haut de l'escalier, il s'arrêta, les deux autres le rejoignirent et contemplèrent le spectacle qui s'offrait alors à eux. Tout le grenier représentait la surface de la maison sans séparation et cela en faisait une grande salle sans aucun meubles ni cloisons. Le plafond était haut, meublé de poutres où était fixés des rangées de spots multicolores qui clignotaient au rythme de la musique. Il y avaient plusieurs enceintes stéréo fixées aux quatre coins de la petite salle. Lucien devinât la chaîne hi-fi plus qu'il ne la vit. Des petites lumières rouges dansaient en lançant des traits irréguliers dans un coin.

   « Mates un peu le matos » cria Franck en donnant un coup de coude à Lucien.

   « J'ai vu ! »

   Les murs étaient recouverts de posters et de grandes tentures. Ici l'emblème d'une grande marque de whisky américain, Jack Daniels, là le logo géant de coca-cola. C'était du délire.

   Le sol était composé d'une sorte de moquette bon marché qui semblait avoir subie plusieurs fêtes de ce genre et devait avoir certainement beaucoup de choses a raconter si elle pouvait parler. Enfin quelques canapés ici et là avec pleins de gens affalés dessus. Toute la pièce baignait dans une fumée que Laurent, Lucien et Franck n'eurent aucun mal à identifier. Du cannabis.

   « Hey Laurent, je suis là ! »

      Ils se retournèrent en même temps vers le coin de la pièce d'où venait la voix. La fille vint à leur rencontre. Elle portait un pantalon noir moulant et un tee-shirt de la même couleur. Lucien remarqua immédiatement qu'elle ne portait pas de soutien-gorge.

   « Salut » fit Laurent en s'efforçant de paraître naturel, « je suis venu avec mes potes. Le grand là c'est Lulu et lui c'est Frankie ».

   « Bonjour ! moi c'est Evelyne ! »

   Franck et Lucien lui firent la bise en manquant être asphyxié par la dose de patchouli qui émanait de la demoiselle.

   « Faites comme chez vous », dit-elle, « nous on reste ici, en bas c'est pour ceux qui préfèrent écouter une musique plus cool, les nuls quoi ! »
 
   Les trois garçons affichaient un sourire béât.

   « De toute manière » poursuivit-elle « on a tous ce qu'il faut ici. Servez vous il y a des bières dans le frigo, là ! » Lucien tournât la tête et se demanda comment ils avaient fait pour ne pas remarquer le frigo.

   « O.K merci ! »

   Les trois garçons étaient aux anges. Assis dans un coin, ils buvaient de la bière fraîche et déjà quelques pétards parvenaient jusqu'à eux. Il y avaient des filles, ils avaient le temps, tout allait bien. Lucien observait le grenier, il était impressionné par le bon goût de la décoration. Vraiment il était ridicule de comparer cela avec sa chambre. Il regardait d'un air amusé les couples emmêles dans les canapés.

   Il remarqua alors que l'un des canapés était situés tout au fond du grenier avec des spots au dessus et en observant un peu mieux il s'aperçut que celui-ci était posé sur une petite estrade. Il s'amusait de ce détail quand soudain la solution qu'il cherchait depuis une semaine s'étalait devant lui telle un grand mur clignotant d'une nuée d'ampoules électriques. Il se leva d'un bond et embrassa du regard tout le grenier. Il s'avança au milieu de celui-ci, se retournât à gauche, puis à droite. Les deux autres le regardaient en se demandant quelle mouche l'avait piqué.

   « Putain...C'est le top ».
 
   Ils se planta devant les deux autres

   « Je l'ai ! »

   Les deux autres le regardait, hilares !

   « Alors Lulu ?, il est bon le matos, t'es déjà déchiré? » lui dit Laurent en riant. Franck s'écroula de rire sur la moquette.

   « Je l'ai », répéta t-il !

   « T'as quoi ?! … Mal au crâne ? »

   « Putain, les mecs percutez un peu, vous voyez pas ce que je vois ? »

   Les deux autres étaient morts de rire, leur pote était en train de péter les plombs. Lucien s'assit devant eux et attendit qu'ils se calment malgré l'envie qu'il éprouvait de les secouer comme des pruniers.

   « Le local pour répéter... On est dedans bande de nazes ! Matez un peu... Là. A la place du canapé on place la batterie. Ici de chaque coté, les amplis. En plus avec les spots on a une vraie scène. Moi je branche le micro sur la chaîne. Et voilà... Vous voyez pas que ce que l'on a devant les yeux ??!! on aura jamais mieux.Un local de répète, une vraie scène, des canapés, un frigo, et en plus des filles ! »

   Laurent et Franck cessèrent de rire.

   « Mais oui », s'exclama Laurent, « t'as raison Lulu, t'as jamais eu autant raison ».
 
   Lucien soupira, "enfin y'en a un qui percute" se dit-il.

   « On est vraiment cassés pour ne pas avoir vu ça ! » Répondis Franck.

   « Il nous faut ce grenier ».

   « Ouais, mais comment ? »

   « C'est facile, il faut que l'un de nous sorte avec cette Evelyne ». Répondit Lucien.

   « Ouais, ben c'est pas évident », lui répondit Franck. « Laurent ! »
 
   « Quoi ? »
 
   « Ca te brancherait pas de sortir avec elle, c'est pas toi qui nous a dit que c'était un canon ? » lança Lucien en jetant un clin d'oeil à l'adresse de Franck.

   « Ouais », répondit Franck, « tu nous a dis que tu la trouvais sympa ! »
 
   "Frankie, toujours là, toujours prêt" Se dit Lucien. Laurent regarda les deux autres avec un air grave. Lucien savait que Laurent ne pouvait plus reculer, ne serait ce que par son orgueil et le désir de montrer aux deux autres qu'il était le meilleur.

   « A moins que t'ai pas le cran », assénât Lucien.

   Laurent le toisa avec son air ironique qui avait disparu depuis trop longtemps.

   « Vaut mieux que ça soit moi... Avec toi on a aucune chance ».

   « Prouves le ! », répliqua Lucien  sans le quitter des yeux.

   Il savait qu'il venait de relancer la machine et le regard de son ami redevenait le regard de son ennemi, de celui à qui l'on avait envie de lui rentrer dedans. Le vrai Laurent était de retour.

   « Attention. Je garanti pas que ce sera aujourd'hui ».
 
   « Arrêtes... La meilleure occasion c'est aujourd'hui », lui répondit Franck.

   « Toi Frankie, la ferme, vas t'entraîner sur le boudin là-bas ! »
 
    Franck tourna la tête et vis une grosse fille avec des lunettes en train de dévorer un paquet de chips.

    « T'es vraiment lourd ».

   « Frankie a raison Laurent, je dis pas qu'après c'est impossible, mais il est certain que c'est maintenant le meilleur moment ».

    Lucien prit un ton plus mielleux.

   « Mates la un peu, c'est vrai qu'elle est pas mal. En plus elle est dans ton bahut, tu vas pouvoir la voir tous les jours. On a tous fumé, on a tous un petit un coup dans le nez, l'ambiance est relax ... Tiens, regarde, elle rigole avec ses copines. Sans compter que s'il arrive un mec et qu'il se met à la draguer t'auras vraiment  l'air d'une bille et tu nous auras flingué le plan. Franchement j'te promets on te fous la paix, tu fais comme tu veux, moi et Frankie on vas descendre et on remontera plus tard. Avec tous ce qu'il y a en bas on a de quoi passer le temps ».

   Après quelques secondes de silence Laurent tourna la tête vers Lucien.

   « Alors lâchez moi ! »
  
   « O.K on trace », lui dit Lucien en se levant. Il prit Franck par le bras.

   « Allez on vas voir en bas quel temps il fait ».

  « Ben quoi, t'es cinglé, on est bien là! Protesta celui-ci.

  « Putain, tu vas pas foutre ta zone, j'te dis qu'on vas voir en bas, alors on descend !»

  « Pourquoi ?»

   Lucien soupira.

   «T'es long à la détente toi hein ? Tu veux répéter ici oui où non ?»

   «Ben ouais, ça serait cool !»

   «Hé ben alors descends bouffon, laisse travailler monsieur en paix».

   Franck se leva à contrecoeur.

   « C'est dommage j'aurai voulu voir ça !»

   «On verra , on verra , t'en fais pas, allez go !»

   Ils descendirent l'escalier en enjambant les quelques "cadavres" qui jonchaient les marches.

   L'après-midi tirait à sa fin. Cela faisait pas mal de temps que Lucien et Franck étaient descendus, et ils étaient tous les deux dans un état assez avancé.

   « Tain, elle est vachement bonne cette bière ! »
 
   Lucien jouait avec la canette vide, il ne comptait plus le nombre de bières qu'il s'était enfilé et il avait largement dépassé le seuil éthylique admis par son organisme.

   « Ouais », répondit laconiquement Franck.

  « Ben quoi Frankie, t'as un problème ?»  demanda Lucien en souriant.

«   Regarde la petite brune là-bas, elle est canon !»

   Lucien s'efforçât de bien regarder dans la direction que lui indiquait son ami.
  
  « Laquelle ? Y'en a plusieurs», finit-il par dire.

   «Putain, t'es bourré où t'es aveugle ?» lui répondit l'autre, irrité.

   Les deux, lui répondit Lucien fier de sa réplique.

   «Là celle qui discute avec la blonde»
.

   Cette fois Lucien s'efforçât de s'appliquer dans son observation.

  « Ah ouais, fit-il soudain, ça y est ... Mmouais, elle est pas mal !»
 dit-il en prenant un air blasé.

  « Bon allez, on y va sinon on va se les faire piquer»
. Dit Franck en esquissant un geste dans la direction des deux filles.

   Lucien le retint soudain par le bras. «Attends, t'es franchement à coté de tes pompes», lui dit-il. «T'as vu le genre de ces nanas, c'est des discos pourris... Des BCBG. Moi,  je drague pas ce genre de pétasses. Quand aux mecs, franchement quand je les vois j'ai plutôt envie de distribuer des baffes. Ils peuvent se les sauter, j'en ai rien à foutre !!!»

   Lucien avait presque hurlé, l'alcool le rendait agressif, lui, il avait plutôt envie d'une bonne bagarre plutôt que de gaspiller son temps à conter fleurette à des pétasses.

  « Putain Lulu, là tu déconnes», siffla soudain Franck en lui prenant le bras à son tour et en le serrant très fort.

   Lucien fut surpris de la réaction de son ami et eu un mouvement de recul. Franck le regarda dans les yeux avec un regard qu'il n'avait jamais vu chez lui auparavant.

  « Nous sommes peut-être dans notre future salle de répèt. Laurent est de train de tout faire pour ça, alors c'est pas le moment de foutre la merde. Et si t'es trop bourré pour comprendre ça je te jure que tu le regretteras».
 
   Pour la première fois, depuis qu'ils se connaissaient, Franck était prêt, s'il le fallait à lever la main sur Lucien. Son coeur battait très fort  car il savait que Lucien était sous l'emprise de l'alcool. Mais il savait aussi qu'il aurait le dessus.

  « O.K. O.K. Fais ce que tu veux, moi je trace. En plus j'en ai marre de me faire mater par ces nuls !»

   Il se dégageât en poussant Franck vivement avec les deux mains. Il sortit, en sortant du garage il manqua de renverser une moto et quitta les lieux en titubant.

 

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