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La boutique GOM RECORDS rouvre ses portes, virtuelles cette fois. Retrouvez ce label en ligne indispensable tenu par notre Metal Brother Holger sur http://www.gom-records-onlineshop.com/
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Chapitre 8 - Bourre pif de représailles

CHAPITRE 8 - Bourre pif de retrouvailles

 

   Quatre jours après le retour de Lucien à Epinay la voiture des parents de Laurent et Sylvain déboucha dans l'impasse juste au moment où celui-ci sortait son vélo. 

   "Quand même" se dit-il dans un sentiment de soulagement et de joie, il n'allait plus être tout seul. Depuis qu'il était revenu dans sa rue Lucien était mal dans sa peau. Certes il avait éprouvé un immense bonheur quand il avait retrouvé sa chaîne hi-fi, certes le son de celle-ci après une si longue absence lui avait paru encore plus puissant qu'auparavant. Seulement dès qu'il mettait un disque sur la platine il se retrouvait à la salle de jeux d'Arès. Il avait alors plongé dans une sorte de délire sado-maso et avait acheté tous les quarante cinq Tours qui avaient été les hits de l'été.

   Le soir après le dîner il montait dans sa chambre, se mettait dans le noir, enfilait son casque sur les oreilles fermaient les yeux et revivaient les meilleurs moments de ses vacances. Il revoyait Evelyne, les copains, il retrouvait les odeurs et l'ambiance des journées d'été.

   Mais il repensait aussi aux adieux, à cette silhouette qui s'enfonce dans la nuit et qui disparaît. Il revoyait le retour sur Paris, lui et sa soeur à l'arrière de la voiture maudissant la rentrée. Une petite parenthèse dans ses pensées pour noter que sa soeur et lui étaient devenus des complices pendant cet été.

   Il revoyait ses parents qui, dès le premier soir lui avaient aimablement signifié que les vacances étaient terminées et qu'il allait falloir travailler.

   Il revenait alors à Evelyne...Le ciné...La tente. Alors les larmes lui montaient aux yeux. Mais à chaque fois il était parvenu à les empêcher de couler.

   Il se dirigea vers la voiture avec empressement. Il avait besoin de parler de tout çà à quelqu'un. Il aurait souhaité que ce soit à Franck mais il était trop mal pour faire la fine bouche.

   Laurent et son frère avaient l'air en pleine forme. Dès qu'il vit Laurent, Lucien retrouva instantanément son "antipathie amicale" envers  son vieux copain. Ami/ennemi ils étaient, ami/ennemi ils resteraient.  

   - "Alors Lulu, comment tu vas ?" Lui demanda un Laurent hilare.    

   - "Salut Lulu !" dit également Sylvain en lui serrant la main.

    Si Laurent n'avait pas changé par contre ce n'était pas le cas pour son frère. Celui-ci avait grandi, son visage était plus mince et sa voix beaucoup plus grave.
     
   - "Tu m'étonnes que ça va", lui répondit Lucien en essayant de ne pas montrer son étonnement. Il n'allait quand même pas se jeter par terre en pleurant et dire : "Nan ça va pas, mais alors pas du tout, je suis seul et je suis triste!"  

   - "Alors Lulu, les vacances se sont-elles bien passée ?"

   - "Super! Royal! Le pied! La folie! Quand je vais vous raconter ça vous allez pas me croire", lança t-il fièrement.

   - Et Frankie, il est pas rentré? 

   Lucien regarda Sylvain. 

   - "Ouais", repris Laurent, "il est où l'autre gland ?"

   Décidément, se dit Lucien, "Avant on en avait un, maintenant on va se taper les deux, ça promet." Mais en vérité il était heureux de constater qu'a présent ils seraient quatre.

   - "L'autre naze est en vacances, monsieur nous la fait dans le genre "J'en-profite-un-max-avant-la-rentrée!""

   - "Ca m'étonne pas de lui", lui répondit Sylvain en riant imiter aussitôt par son frère

   - "Putain les mecs si vous saviez les vacances d'enfer que j'ai passé, en fait..."

   - "Nan, nan je suis sur que ça vaut pas les nôtres. On s'est éclatés comme c'est pas possible, en plus on s'est fait des tas de potes."

   - "Ouais, ouais, O.K. on va se raconter ça et on va se marrer".

   - "Ouais" repris bêtement Sylvain, "on va se marrer".

   Attendez... J'ai une idée on attend que nullos revienne et on se racontera  nos vacances comme ça se sera encore plus cool.

   - "O.K." repris Lucien sans hésiter. Il était évident que raconter des exploits tels que les siens devaient être entendus par tout le monde, quitte à patienter un peu plus. Après tout il avait attendu Laurent il pouvait attendre Franck...où comment changer d'avis en moins de deux minutes.

   - "Bon on se voit demain", je sonnerai chez toi vers deux heures!

   - "No problem!" Répondit Lucien.

   - "Hé Lulu moi aussi je pourrai venir ?"

   C'était la première fois que Sylvain demandait à Lucien de venir avec eux. Lucien apprécia le geste, il regarda Laurent. Celui-ci ne montra aucune réaction. 

   - "Ouais vous déboulez tous les deux demain à deux heures. Salut !"

   - "Salut Lulu !" Répondirent en coeur les deux frangins.

   Lucien regagna sa chambre en montant les escaliers quatre à quatre, il était heureux, il n'était plus seul dans ce quartier, en plus il y avait une nouvelle recrue dans le groupe et il avait autorisé son entrée dans le cercle. Comme quoi même son grand frère avait respecté une sorte de protocole nécessitant l'autorisation de Lucien, sans passer par celle de Franck. Car Lucien avait l'impression que même si celui-ci avait été là Sylvain ne lui aurait jamais rien demandé.

   C'était bien une marque de respect et cela rendait Lucien assez fier. Par ce fait sa nostalgie diminua quelque peu. Les amis c'étaient quand même réconfortant.

   Franck fut enfin de retour dans le quartier deux jours avant la rentrée scolaire. Etant arrivé de nuit sa présence fut une véritable surprise quand le lendemain après-midi il fit son apparition dans la rue. Lucien, Laurent et Sylvain étaient assis sur leur morceau de bitume habituel. Ce fut Laurent qui l'aperçut le premier.

   - "Ah ben ça alors, regardez qui arrive, ne serai ce pas notre ami Franck !"

   " Mince", se dit Lucien en le regardant arriver." Jusqu'où va t-il laisser pousser ses cheveux."

   En effet si tous portaient maintenant les cheveux longs, Sylvain inclus, Franck était vraiment celui qui battait le record. Carrément jusque sur le bas du dos.

   - "Salut les mecs, c'est moi que v'la !"

   - "Monsieur Franck", fit Laurent sur un ton narquois, "qui nous arrive directement du midi !"

   - "Ouais, et j'y serai bien resté c'était trop bon".

   - "Ca y est ! Encore un qui a fait des conquêtes durant ses vacances!" Glissa Laurent. Sylvain éclata de rire, manifestement la complicité établie entre les deux frères allait être testée sur un cobaye dont Lucien connaissait le nom. Uniquement parce qu'il était le dernier à revenir de vacances Frankie allait essuyer les premières salves de la rentrée. 

   - "Lui ?... Faire des conquêtes ? Avec des boudins alors !"

   Sylvain avait une manière originale de la répartie, le ton , le regard tout y était, en plus étant le petit nouveau il se devait d'être le plus corrosif.

   - "Tiens mais c'est Sylvain", repris Franck, "alors ça t'as pas trop manqué la maternelle ?"

   Lucien pouffa, décidément  l'hiver allait être chaud et ...Marrant tout plein.

   - "T'as vu ta gueule", répondit Sylvain.

   On pouvait deviner l'ébauche de la première bagarre de la rentrée.

   - "Stoppez tout les mecs ! Relax ! Laissez le nous raconter ses exploits", proposa Lucien.

   - "Ouais, c'est ça vas-y, raconte, mais je te préviens nous on est assez bien fourni". Relança Laurent comme s'il venait de lancer une menace.

   - "Sans problème, vous allez tomber les mecs !"

   - "Ouais vas-y racontes".

   - "Ouais on t'as tous attendu pour se raconter nos vacances tous ensemble, on n'attendait plus que monsieur daigne revenir. Maintenant t'es là alors bien que tu sois arrivé le dernier à toi l'honneur". Et Franck raconta alors ses vacances. Comme ses souvenirs étaient encore chauds il les raconta avec tellement de passion et de chaleur que, pour une fois, peut-être la dernière avant longtemps aucun des trois autres ne l'interrompit pendant tout son récit. Arrivé à la fin il se tut et il y eut un moment de silence.

   - "Franchement j'ai du mal à croire à tous tes bobards", asséna soudain Laurent.

   - "Que tu me crois ou pas, c'est vraiment le dernier de mes soucis".
 
   Il faut dire que Franck avait d'office monter la barre assez haute. Car si l'on croyait ses dires il avait passé le mois de Juillet à s'ennuyer à Berck et le mois d'Août à s'éclater dans le Vaucluse, bals, filles, bals, filles, discothèques, re-filles et lui : la star du coin.

   A l'écoute de ce résumé Lucien trouvait que ce n'était rien par rapport à ce qu'il allait leur raconter le moment venu. 

   - "Bon", dit Lucien "vrai ou faux c'est à vous les frangins. Je vous signale que Frankie s'est emmerdé à mort dans votre bled qu'est rempli de mecs malades !"

   - "Il a déliré complètement" répliqua Laurent, "c'est parce que c'est un nul. Nous on s'est éclatés un max et j'vais te dire que c'était autre chose que lui. Bon d'abord nous on étaient au camping près de la plage, vu Frankie? J'parie que tu  n'y a jamais foutu les pieds ?!"

   - "Exact, mais moi c'est la première fois que je j'allais là-bas, c'est normal que je connaisse pas tous les coins".

   - "Ouais, tu connais pas tout, c'est effectivement le moins qu'on puisse dire", lança Sylvain.

   Laurent acquiesça et repris son récit. C'était pas mal non plus. Entre des histoires de filles prises à plusieurs dans les tentes, les plaintes des parents, la menace des gérants du  camping de les virer du camp, un super café où il n'y avait que des gens supers, du hard-rock partout. Il reparla aussi des boums gigantesques toujours organisées par les C.R.S. qui jouaient du hard-rock. Des superbes virées en bagnoles en tapant le stop pour rejoindre cette fameuse boite de hard-rock. Ensuite encore des fêtes un peu partout dans la ville avec alcool et cannabis à volonté.

   - "Tu fumes de l'herbe ?" S'exclama Franck.

   - "Ouais, c'est cool !"

   Lucien écoutait, et commençait à trouver ce récit un peu trop haut en couleur. C'était assez énervant. En plus qu'est ce que c'était que cette histoire de cannabis?  

   - "Et voilà les mecs!!! et moi c'est vrai!!!" Conclu Laurent avec un regard rempli de fierté qui eut le don de faire monter la tension d'un cran.

   Franck réagit avec détachement.

   - "Bah si tu t'es bien marré tant mieux !"

   - "Et toi Sylvain" repris Lucien, "t'y était pas dans ces coups là ?"

   - "Arrêtes. C'était les boules. Mes parents ne m'ont pas laisser sortir, ils disaient "t'es trop jeune pour sortir avec ton frère". Mais par contre pour ce qui est du camping, j'vous explique pas les nanas que l'on s'est envoyé dans la tente d'un pote qu'on s'est fait là-bas. C'était grave de grave !"

   - "Ouais, c'est vraiment un mec relax, il fume des joints tous le temps, avec lui on s'est bien marrés", repris Laurent.

   - "Bon, maintenant c'est à moi de parler et vous allez tomber!"

   - "Allez Lucien, racontes nous tes vacances avec pépé-mémé".

   - "Ecoutes moi bien, connard", repris Lucien avec un regard soudain chargé de haine. "J'ai passé tout l'été à me fritter avec des mecs qui étaient souvent plus nombreux et  plus forts, j'en ai pris, mais j'en ai donné aussi, alors je te préviens, j'ai pas l'intention de me laisser foutre de ma gueule par un bouffon dans ton style ni par personne d'autre d'ailleurs, alors tu la fermes et t'écoutes, vu ?"

   - "Répètes ça pour voir", siffla Laurent avec un regard lui aussi chargé de haine. 

   - "Branleur !" répliqua Lucien.

   Le coup de poing de Laurent atteignit le nez de Lucien, qui répliqua dans la seconde par un coup au visage mais le tir était moins bien ajusté, un instant plus tard ils roulaient sur le bitume de l'impasse en se tirant par les cheveux et se donnant des coups de pieds et des coups de poings. La cérémonie de célébration des retrouvailles venait de débuter.

   - "T'occupes pas de ça", lança Sylvain à Franck qui ébauchait l'esquisse d'une intervention pacifique, "sinon je t'en met une... C'est entre eux !"

   Franck resta estomaqué devant le coup de semonce du petit frère. Décidément il n'y avait plus de respect pour les anciens.

   - "Arrêtes !" cria Lucien aux oreilles de Laurent qu'il tenait bien écrasé contre la plaque d'égout en fonte.

   - "Va crever !" Lui répondit Laurent.

    Depuis le temps qu'ils se battaient Lucien savait qu'ils étaient de forces égales et aussi  vicieux l'un comme l'autre dans les coups bas. Il fallait donc que les autres interviennent où sinon ils allaient passer la journée chacun leur tour la tronche écrasée sur cette plaque d'égout.

   Le salut honorable pour les protagonistes vint de l'intervention du père de Laurent qui avait entendu les cris.

   - "Ho!!! Arrêtez!!"

   Sourds à l'injonction lancée Laurent et Lucien restaient emmêlés dans leurs prises de catch et autres bourres pifs.

   - "C'est pas possible", jura le père de Laurent, "ils sont à peine rentrés qu'ils sont déjà en train de se battre". Il sépara énergiquement les deux adversaires.

   - "Laurent, Sylvain à la maison !"

   - "On reprendra cette histoire plus tard", lança Laurent à l'intention de Lucien.

   - "Quand tu veux !" répliqua celui-ci.

   Après que les deux frangins eurent disparus de son champ visuel, Lucien se fit une estimation des dégâts subis sur sa personne. Coté vêtements son tee-shirt était dans un sale état, déchiré à l'épaule et avec plusieurs trace noires un peu partout. La plaque d'égout avait laissé des traces, le jean avait relativement bien tenu le choc mis à part une petite déchirure sur le genou. Pour ce qui était des blessures physiques c'était pas mal non plus. Son nez était  anesthésié mais il ne saignait pas, par contre sa tempe droite avait frottée contre la maudite plaque et la peau avait été éraflé laissant apparaître la chair a vif, ses genoux et ses bras étaient écorchés mais rien de bien grave. C'était acceptable, il savait que l'autre avait reçu au moins l'équivalent donc... tout s'était relativement bien passé.

   - "Putain, vous êtes vraiment lourds !" Franck était atterré par ce à quoi il venait d'assister.

   - "C'est la première fois qu'on se voit depuis plus de deux mois et au bout d'une heure vous vous tapez dessus comme des dingues !"

   - "C'est de sa faute, s'il était pas aussi prétentieux, d'ailleurs tu remarqueras que c'est lui qui cherche toujours la pouille".

   - "Peu importe, à chaque fois c'est toujours le même cirque. Je suis pas rentré pour que l'on se tape dessus tous les jours ! ... Au fait t'as pas raconté tes vacances", reprit Franck.

   Lucien hésita une seconde, raconter de pareils exploits sans la présence des deux frangins était comme manger un gâteau sans saveur.

   - "J'ai plus envie, ce connard m'a cassé le trip !" Répondit-il.

   - "Bon", reprit Franck, "comme tu veux. De toute façon maintenant les vacances c'est terminé et cette année ça va être la grosse galère".
 
   - "Bon bah en attendant viens cher moi j'vais te montrer les disques que j'ai ramené des vacances".

   - "O.K. !" Répondit Lucien.
  
   Ils passèrent le reste de la journée à se gaver de décibels malgré les protestations des deux soeurs et du petit frère.

 

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