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La boutique GOM RECORDS rouvre ses portes, virtuelles cette fois. Retrouvez ce label en ligne indispensable tenu par notre Metal Brother Holger sur http://www.gom-records-onlineshop.com/
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Chapitre 5 - VAN HALEN à Paris


CHAPITRE 5 - VAN HALEN à PARIS

 

   Lucien courait depuis la sortie du lycée, la sueur coulait dans ses yeux et il avait l'impression que son coeur allait s'échapper de sa poitrine mais il devait prévenir les deux autres le plus vite possible. Il avait une nouvelle sensationnelle à annoncer.

   Il arriva complètement essoufflé devant la porte de la maison de Franck. Celle-ci s'ouvrit avant même qu'il ait eu le temps de frapper.

   - "Hé mec, devine qui vient jouer à Paris en juin ?" Lui demanda Franck  avec son sourire faussement mystérieux, sur de faire un effet sur la réponse qu'il allait apporter lui-même.

   -" VAN ... VAN HALEN"  lui répondit Lucien essoufflé.

   - "Comment tu sais ça ?".

   - "Ah, imagines toi ... que je sais lire .... Incroyable n'est ce pas?".

   - "Qu'est-ce qui t'arrive ?" Demanda soudain son ami, inquiet.

   Lucien reprenait son souffle lentement.

   - "C'est pour te dire ça que j'ai foncé ici espèce de clown !".
 
   - "Bon viens, on va discuter dans ma chambre, en plus j'ai acheté un super disque".

   Lucien le regarda avec curiosité, la dernière fois qu'il lui avait dit ça il n'en était toujours pas remis. Arrivé dans sa chambre Franck lui tendit la pochette du disque. La musique qui s'échappait des enceintes était certes intéressante mais Lucien n'appréciait que modérément, car un peu trop pop à son goût.

   - "C'est mieux que KISS !" Lança soudain Franck.

   Lucien ouvrit de grands yeux.

   - "Attends... Je pense que j'ai mal entendu, tu vas pas me dire que tu préfères cette  merde à KISS ?".

   - "C'est pas une merde et c'est mieux que KISS", lui répondit-il avec aplomb. 
 
   - "Bon... Là tu vois j'ai pas le temps de me prendre la tête avec tes conneries ... Dis moi plutôt ce que tu comptes faire pour le concert".

   - "C'est simple. Y aller !" Répondit Franck.

   - "Ah ouais !" Repris Lucien sur un ton irrité. "Et comment ?  Et avec quel fric ? Et tes parents ?".

   - "Avec un copain qui a une voiture, et avec le fric que mes parents m'ont donné quand je leur ai demandé", répliqua Franck.

   La surprise de Lucien devait se lire sur son visage car Franck se mit à rire, fier de son coup. 

   - "Alors là, mec. Je suis scié, franchement tu m'as tué".

   Franck ne répondit pas, les compliments étaient si rares de nos jours...

   - "J'ai vu Laurent ce matin et je lui ai dit pour le concert" ajouta Franck. "J'espère que sa mère le laissera venir avec nous !".

   - "Attends ! moi j'ai même pas encore demandé à mes parents, c'est pas sur du tout qu'ils soient O.K !".

   - "Arrête ! Tu vas pas me dire que tu vas pas aller voir VAN HALEN, VAN HALEN ! t'imagines mec, le pied que ça va être ?".

   Lucien se dit qu'effectivement il ne pouvait pas rater ça, il devait aller à tout prix à ce concert. En plus si un type comme Franck qui ratait lamentablement son année scolaire était parvenu à réussir à gagner sa place de concert, il n'y avait pas de raison que lui ne réussisse pas.
 
   - "Bon ! je fonce demander à mes parents". Dit Lucien.

   Au moment où il s'apprêtait à ouvrir la porte de la chambre, celle-ci s'ouvrit brusquement et il se trouva nez à nez avec... Laurent.
                                
   - "Salut les bouffons ! Salut Lulu ! Comment va la femme, les gosses !?".

   L'allusion devait être sur la boum de l'autre jour. Laurent n'avait visiblement toujours pas digéré la réussite sentimentale de Lucien lors de cette fameuse soirée. Lucien, lui, avait savouré la démonstration qu'il avait fait aux deux autres, l'affaire en était resté là. En plus il n'avait même pas rappelé la fille. De toute façon il ne pouvait pas le faire car il avait perdu le bout de papier où la belle avait noté son prénom avec son numéro de téléphone. Un petit détail qu'il s'était bien gardé de révéler aux autres.

   - "Ouais ... C'est toujours mieux que de se bourrer la gueule et de voler les gens !".  

   Laurent le fixa de son regard de chercheur d'embrouille.                     

   - "T'es un gros dragueur toi, hein ! On croirait pas comme ça, à te voir !".

   - "Lâche moi, tu veux ! T'as vraiment les boules et ça se voit".

   - "Moi ?! Les boules, tu veux rire. Si je m'etais sorti un boudin pareil alors là ouais, j'aurais eu les boules !". dit Laurent en riant. Franck pouffa.

   - "Un boudin ?! T'as rêvé mon pote, Faudrait voir à stopper l'alcool. Tu crains !".

   Franck comprit que, s'il ne réagissait pas, cela risquait de dégénérer et il avait aucune envie d'assister à une bagarre chez lui.

   - "Alors Laurent ?" Dit-il. T'y vas ou t'y vas pas au concert ?".

   - "Bien sur que j'y vais". Répondit-il.

   Lucien sentait la colère poursuivre sa progression dans son esprit.

   - "Bon ! moi je me tire. Salut !".

   - "Passe le bonjour à ton boudin !" lui répondit Laurent.

   Lucien sentit ses poings se serrés mais prit la sage décision de ne pas répondre à la provocation. Il rentra chez lui.



***

   Marco roulait à fond, le compteur de la vieille 4L indiquait cent dix. La fourgonnette de la société du patron de Marco faisait ce qu'elle pouvait. Assis à ses cotés, Franck riait aux éclats à chaque slalom, le périphérique était finalement un terrain de jeux assez poilant.

   Marco était un copain de Franck que les deux autres fréquentaient occasionnellement car pour eux un type de plus de vingt six ans faisait partie des vieux. Laurent et Lucien assis à l'arrière étaient en train de faire un sort aux canettes de bières que Marco avait eu la bonne idée d'apporter avec lui.
  
   Lucien dégustait cet instant de bonheur et eu une pensée  pour ses parents qui lui avaient finalement permis d'aller au concert. Ils étaient en route pour le concert de VAN HALEN en roulant à tombeaux ouverts sur le périphérique dans une fourgonnette cradingue et défoncée en buvant des bières. Le pied.     

   Quand ils arrivèrent devant le pavillon de Paris, des centaines, des milliers de garçons et de filles étaient agglutinés devant les barrières de sécurité. La plupart avaient les cheveux longs, ils portaient des tee-shirts à la gloire des différents groupes de hard-rock de la planète. Pantalons de cuir, jeans moulants, minijupes, toutes les panoplies étaient représentés. Il y avait aussi des rastas, des punks, des hippies ... Lucien, Laurent, Franck et Marco contemplaient ce spectacle haut en couleurs avec enthousiasme. C'était la première fois qu'ils voyaient autant de personnes qui leur ressemblaient. 

   La foule attendait l'ouverture des portes en hurlant. C'était incroyable. Lucien était transporté dans un autre monde, tout cela lui semblait irréel. 

   - "Hey les mecs, vous avez vu ça ?!".  
 
   - "C'est du délire !". Lui répondit Franck. 

   Le pavillon de Paris était la plus grande salle de concert dont disposait la capitale pour recevoir les groupes de Rock. Mais comme le Rock était, et est toujours, symbole de désordre et d'anarchie pour les autorités, celles-ci avaient décidé que cette salle assez éloignée du centre de la capitale et en bordure du périphérique au milieu d'un terrain vague était l'idéal pour ce genre de rassemblements. On allait quand même pas leur donner l'Opéra de Paris à ces voyous.

   - "Ca y est, ils ouvrent les portes !" S'exclama soudain Laurent.

   - "Allons-y !".

   Marco joignit le geste à la parole et sortit de la voiture, imité aussitôt par les trois autres. Une fois les barrières franchies ils pénétrèrent dans la salle en courant et hurlant comme tout le monde.

   - "Putain, c'est quand même grand !" S'exclama Franck.

   - "Ouais, mais c'est quand même pas le Madison Square Garden", lui rétorqua Lucien.
  
   - "On monte dans les gradins, là-bas c'est cool, on est juste devant la scène !".

   Laurent avait vu juste. La salle se remplissait à vue d'oeil. Il n'y avait pas de temps à perdre. 

   - "Si on allait devant ?" proposa Franck.

   - "T'es dingue, regarde, c'est déjà rempli, ça va être l'horreur, avec la chaleur et la bousculade ça va être une vraie galère", lui répondit Marco. 

   - "Ouais, il a raison !" reprit Lucien, "c'est trop tard, y'a trop de peuple !".

   - "En plus dans les gradins on est juste derrière la table de mixage, c'est là que l'on verra le mieux et que l'on aura le meilleur son !" Hurla Laurent car la sono qui jusque là marchait à faible niveau venait de passer à un volume supérieur.

   - "En avant !" Hurla Lucien à son tour.

   Ils prirent place. Le groupe de première partie n'était pas terrible mais pour leur premier concert  ils n'en demandaient pas plus. Le groupe quitta la scène après avoir joué pendant une quarantaine de minutes.

   Le temps semblait être figé. Les techniciens s'affairaient sur la scène et le public entier avait les yeux rivés sur eux, attendant un signal quelconque de leur part signifiant que tout était prêt.

   Soudain les lumières s'éteignirent, une gigantesque clameur gronda alors aussitôt dans toute la salle, les gens hurlaient, ceux qui étaient assis tapaient leurs pieds sur le sol faisant trembler les estrades de gradins. Un bruit sourd montait, de plus en plus fort, de la fumée inondait la scène qui était toujours plongée dans l'obscurité.  

   Le bruit sourd montait toujours, vibrait dans la poitrine, la foule hurlait encore plus fort. Soudain la scène s'illumina d'un seul coup en même  temps que le groupe démarrait le premier morceau. Le niveau sonore était au delà de ce que avait pu imaginer Lucien. Il vit dans la fumée un  grand type aux cheveux longs, très longs qui arpentait la scène en hurlant. Il aperçut d'autres silhouettes qui couraient également sur la scène, baignés dans des lumières incroyables. Le batteur tapait comme un damné sur sa batterie avec des baguettes enflammées. Le logo du groupe apparut soudain, gigantesque derrière la scène illuminé par des lumières rouges. La foule était devenue hystérique. L'énergie qui se dégageait du tout faisait presque peur.

   Lucien hurlait comme les autres. Il en avait la chair de poule, tout ce qu'il voyait, de ce qu'il entendait, tout ce qu'il ressentait... C'était incommensurable. Le concert se déroula dans une ambiance de folie, l'intensité ne faiblit pas durant tout le show, les musiciens étaient de véritables pois sauteurs et le répertoire ne laissait aucune chance à la passivité.

   Quand les lumières se rallumèrent définitivement après plusieurs rappels d'une foule hystérique, dix mille dingues quittèrent la salle. Les fontaines de l'esplanade furent envahies par les jeunes qui se jetaient sous les jets d'eau en criant, d'autres couraient vers la station de métro en hurlant. Le parking se transformait en gigantesque concert de klaxons, le tout dans une pagaille indescriptible.

   - "T'as vu ça, nan mais est-ce que t'as vu ça, hein !?". Hurla Franck complètement hystérique.

   - "J'ai les oreilles qui sifflent tellement j'en ai pris plein la tronche !" Hurla Laurent à son tour.

   Le retour sur Epinay fut lui aussi mémorable, plusieurs voiture sortaient elles aussi du concert, roulaient sur les trois voies du périphérique toutes à la même hauteur, les passagers se tenaient par la main en hurlant avec la musique à fond. La fourgonnette faisait partie de cette caravane de la folie.

   Lorsque Lucien tourna la clé dans la serrure de la porte en rentrant chez lui, il s'efforça de faire le moins de bruit possible afin de ne pas réveiller ses parents. Mais alors qu'il n'était plus qu'à quelques pas de l'escalier  qui montait à sa chambre il se retrouva nez à nez avec son père.
  
   - "Alors c'était bien ton concert ?" Lui demanda-t-il.

   - "J'entends rien, parle plus fort j'ai les oreilles complètement nazes !".

   - "Tu devrais encore parler plus fort ! Tu veux réveiller tout le quartier ?!". 
 
   Lucien fit signe qu'il n'était pas en état de fournir des commentaires et monta dans sa chambre.   

   - "Il est sourd comme un pot". Maugréa son père en retournant se coucher.

   Le lendemain Lucien eut le soulagement de constater que ses oreilles ne sifflaient plus. Il se rappellerait toute sa vie de cette soirée et décida que désormais il irait à tous les concerts. Il clôturait en beauté la fin du mois de Juin, il allait bientôt repartir en vacances, hormis son année scolaire très moyenne la vie était belle. 

   La dernière journée avant le grand départ était arrivée. Les trois rockers de la rue passèrent leurs dernières heures ensembles dans la chambre à Lucien. Celle-ci était plongé dans l'obscurité et Lucien avait installé sa petite régie d'éclairage d'une dizaine de spots de couleurs.

   Le concert était déjà commencé depuis longtemps. Lucien avait endossé les habits de chanteur, il courait dans les quatre coins de sa chambre, se jetait sur le lit, rampait sur la moquette, un micro imaginaire à la main. Franck, lui, était le batteur, donc il tapait comme un fou avec deux morceaux de tuyaux en P.V.C en guise de baguettes sur les trois poufs qu'il avait installé. Laurent lui était le guitariste et exécutait un solo de guitare en se cramponnant sur un manche imaginaire et levait quelquefois un bras vers la foule qui était à ses pieds. Le concert prit fin avec le dernier morceau du disque. 

   Le bras de la tête de lecture retournât se poser sur la platine. Un silence inattendu prit possession de l'espace. Ils étaient affalés tous les trois sur la moquette, ruisselants de sueur.

   - "Wouah ! j'suis mort !" souffla Franck.

   - "C'est trop génial, ça tue !" répliqua Lucien encore plus essoufflé, ce qui semblait normal pour un chanteur.  

   Laurent prit la bouteille de coca et en vida le contenu qu'il restait d'un trait.

   - "Toi qui a tout bu maintenant si t'allais en chercher une autre à la cave ?" lui dit Lucien.

   - "Holà Lulu !, tu es chez toi, c'est pas à moi d'y aller !" Répliqua t-il.

   - "Frankie ?"

   -"Non, j'suis trop mort."

   - "y'en a pas un pour se bouger ici !" lança Lucien en se levant. "Bon, je descends, mais à la cuisine, donc ça sera de l'eau du robinet".
 
   Aucune réaction. Manifestement personne n'avait envie de déclencher une engueulade pour de la flotte.

   - "Alors Lulu ?" fit Laurent une fois que celui-ci eut remonté l'eau. Tu vas toujours à Arès ?

   - "Ouais", répondit Lucien, "et je sens que ça va être le pied ! Et toi ?".

   - "Bah. On passe le mois de juillet chez mon grand-père et au mois d'août on va à Berck".
  
   - "Moi", dit Franck "c'est le mois de juillet à Berck et le mois d'août chez mon oncle... Dans le midi".
             
   - "Quoi !" fit Laurent surpris , "tu vas à Berck?".

   - "Ben ouais", reprit Franck, "mes parents ont loué un studio sur le front de mer".

   - "Tu délires, pourquoi tu ne me l'a pas dit avant ?".

   - "Tout simplement parce que je ne l'ai su seulement que ce matin. C'est ma mère qui me l'a annoncé au petit déjeuner", poursuivit Franck. "Ce doit être tes parents qui ont sûrement discuter avec les miens pour qu'ils choisissent de louer un truc à Berck".

   - "Mais c'est nul", dit Laurent, "on y vas en août !".

   - "Nous c'est en juillet".

   - "T'imagines comment ça aurait été super si l'on y avait été tous les deux ?".

   Laurent était manifestement déçu. Il y avait de quoi. Lucien intervint alors.

   - "Tu m'étonnes qu'ils ont pensé à ça, c'est sûrement pour cela que les tiens y vont en août et toi en juillet", lança t-il d'un air amusé. "Ils ont du penser à toutes les conneries que vous auriez pu faire ensemble. Ils vont pas se pourrir leurs vacances quand même !".
  
   - "C'est certain, et je suis sur que c'est un coup de ma mère", dit Laurent sur un ton de colère mal contenue.

   - "Non", répliqua Franck, "ils ont pas pu faire un coup pareil. Je pense que c'est par rapport à leur travail ou bien à la disponibilité de la location du studio".

   - "Ho tu sais avec ma mère on sait jamais", reprit Laurent.

   Lucien se sentit soulagé de l'impossibilité de cette réunion estivale, il aurait mal supporté de savoir ses deux copains passer leurs vacances ensembles sans lui.

   - "Bah, laissez tomber, vous en faites pas, ça va pas vous empêcher de vous éclater !" dit-il pour les consoler.

   - "Ouais mais c'est quand même les boules", dit Laurent.

   - "Complètement", répondit Franck.

   Ils discutèrent jusqu'à la fin de la journée se remémorant les meilleurs moments de l'année écoulée, se repassant les boums et leurs plus hauts faits d'armes. Ils avaient beau se battre de temps en temps et même se faire la tête, mais à chaque fois qu'il allait se passer une longue période sans qu'ils ne se voient, ils retardaient le plus possible le moment de la séparation du groupe.
                  
   - "A table !" cria  soudain la mère de Lucien dans le couloir de l'escalier.
 
   Ils se regardèrent comme pour s'assurer qu'ils avaient bien entendu l'appel.

   - "Bon ben les mecs bonnes vacances, éclatez vous et rendez-vous à la rentrée", dit Lucien en se levant.

   - "Salut Lulu et bonne vacances", dit Laurent en lui serrant la main.
 
   - "Salut Lulu, et puis on se racontera ça à la rentrée !" dit Franck.

   - "Tu m'étonnes !".

   Ils quittèrent la chambre à regret. Encore une année de passée.

                                     

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