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La boutique GOM RECORDS rouvre ses portes, virtuelles cette fois. Retrouvez ce label en ligne indispensable tenu par notre Metal Brother Holger sur http://www.gom-records-onlineshop.com/
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Chapitre 1 : La découverte

CHAPITRE  1 - La découverte

  
   Quand Franck apparu devant la grille du pavillon avec son sourire des grands jours, Lucien devina aussitôt qu'il s'était passé quelque chose et que ce quelque chose devait être suffisamment important pour qu'il ait oublié de faire un crochet chez Laurent.

   L'année scolaire s'était achevé depuis une semaine et tous les trois se préparaient à partir pendant plus de huit semaines en vacances.

   Les grandes vacances, celles que l'on attend tout au long de l'année, la confirmation officielle de l'été, les journées à la plage et la douceur des nuits étoilées, plus de classe, plus de cours et de profs à vous pourrir la vie, la liberté quoi.

   Lucien, Franck et Laurent attendaient avec impatience ce moment et, plus la date approchait, plus leur excitation grandissait.

   Ici la mer ne faisait pas partie du décor. Ici le paysage c'était les grandes tours des cités H.L.M aux façades ternes et sales. C'était aussi des usines abandonnées avec de grands ateliers déserts où gisaient les restes de vieilles machines rouillées ici et là, des vitres cassées et des grands murs noircis par les fumées d'hydrocarbures.
                                 
   C'étaient encore les trains de marchandises et les trains de banlieues qui passaient à intervalles réguliers, les uns transportant toutes sortes de choses et les autres transportant la foule des banlieusards, qui chaque matin partaient et chaque soir revenaient de leur travail.

    L'été la chaleur était étouffante et lourde et l'hiver les rues étaient recouvertes d'une neige grise qui se transformait ensuite en un bourbier noirâtre mélangé au sable que déversaient les camions municipaux. Non ! Epinay-Sur-Seine en ce début d'été ne ressemblait pas vraiment à une station balnéaire et n'y ressemblerait jamais.
    
   Cité dortoir née du développement économique et démographique de ce que l'on appelle désormais les trente glorieuses, période ou l'économie française avait vu l'accession à presque toutes les couches de la population à un niveau de vie jamais atteint auparavant. L'augmentation du taux de la natalité, la venue de travailleurs étrangers apportant une main-d'oeuvre à bon marché amena à la construction de logements pour toute cette population. De grandes cités dortoirs virent alors le jour en peu de temps et s'élevèrent tout autour de la capitale.

   A cette époque tout le monde s'accordait pour dire qu'il faisait bon vivre dans ces appartements modernes à commencer évidemment par ceux qui les avait conçus. L'état appliqua et favorisa cette politique d'urbanisation. 

   Mais il y avait une chose que les architectes et les politiciens n'avaient pas pris en compte, un élément qui allait bientôt devenir un problème majeur. Personne n'avait pensé à une certaine catégorie de la population : les jeunes. 
               
   Car quoi faire lorsque l'on est un adolescent et que l'on vit dans des cages à lapin où aucune infrastructure n'a été prévue pour vous. Pas de piscine municipale, pas de terrains de jeux et pas de maison de quartier. Il n'y avait rien, rien excepté le bar tabac, seul îlot de convivialité autour de ces immeubles sans âmes.

   Lucien habitait dans une petite impasse bordée de pavillons encerclés par les cités des alentours. Comme miraculeusement épargnée par l'urbanisation ce petit coin ressemblait à un fortin de tranquillité cerné par les grands immeubles de béton. Les petits et grands pavillons de banlieue typiques du siècle dernier, avec leurs façades en moellons et leurs perrons, s'alignaient fièrement dans la vieille impasse qui avait échappé au bitume et exhibait encore ses pavés, les seuls qui restaient, témoins d'un temps passé.

   Néanmoins, mis à part s'asseoir sur les dits pavés et discuter avec les copains du quartier il n'y avait pas grand chose à faire. C'est pourquoi lorsque qu'il vit Franck s'agiter devant la grille, Lucien comprit qu'il s'était enfin passé un événement qui allait rompre la monotonie de cette journée. Ce qu'il ne savait pas c'est qu'il allait aussi changer sa vie.

   Franck était le meilleur ami de Lucien, autant que Laurent d'ailleurs même si les bagarres étaient plus régulières avec lui.       

   Laurent habitait au numéro 10 de la rue, Franck, lui, habitait au numéro 14. Lucien était la sentinelle du quartier habitant au numéro 4. On ne peut dire que la bande bénéficiait d'une bonne cote de popularité avec certains voisins du quartier car depuis gamins avec les bruits des combats à l'arme automatique avec fléchettes puis plus tard les dérapages en bicyclette sur les trottoirs de cailloux et aujourd'hui les vitres cassés pour cause de match de foot faisaient que les dits voisins ne les appréciaient que très modérément. 

   Laurent était l'emmerdeur, toujours en quête de provocations, lui et Lucien se battaient en moyenne deux fois par jour et ne se faisaient pas de cadeaux. Mais quand l'un n'était pas là, l'autre s'ennuyait ferme et ne tapait même pas sur celui qui restait, où alors rarement. Laurent était la tête du quartier, le premier de sa classe, ce qui d'ailleurs énervait beaucoup Lucien. Il était aussi prétentieux et se voulait absolument meilleur que les autres. Il avait un frère plus jeune qui s'appelait Sylvain encore trop jeune pour faire partie de la bande. Laurent avait les cheveux noirs, ses yeux marrons renvoyaient une dose d'insolence, celle qui habite tous les gosses de quinze ans. Il portait toujours une veste en cuir noire qui lui donnait un air inquiétant, ce qui devait être l'effet recherché.

   Franck lui était le plus réservé de tous mais il possédait un humour assez redoutable. Il avait deux frères et deux soeurs et cela lui avait sans doute apporté une certaine philosophie. Son niveau scolaire était le reflet de l'observation du directeur de l'école "Bien mais peut mieux faire". Il était malicieux mais savait aussi jouer à l'abruti quand cela s'avérait nécessaire. A la différence de Laurent il était d'une grande taille pour son âge et assez maigre.

   Lucien était le plus vieux de la bande, ce qui lui apportait une certaine sagesse par rapport aux autres, du moins le pensait-il. Renforcé par sa légitimité à avoir été le premier à habiter le quartier il croyait naturellement que c'était le chef, ce que lui avait immédiatement contesté Laurent dès leur premier contact. Lucien était aussi un garçon timide, la blondeur de ses cheveux favorisait une rougeur sur sa peau claire à la moindre gêne, exploitée immédiatement par les deux autres chaque fois que l'occasion se présentait. Le point commun qu'il partageait avec Laurent et Franck était l'orgueil. Il aimait recevoir des compliments, recevoir une récompense à l'école. Bref à chaque fois que sa valeur  lui était reconnue il se trouvait plongé dans une fierté et une arrogance vis a vis des autres assez mal dissimulée.

    Lucien n'aimait pas perdre pour quoi que ce fut, il haïssait l'échec et la défaite. Il avait lu dans un livre que les japonais faisaient ce qu'ils appelaient hara-kiri pour ne pas avoir à supporter la honte et le déshonneur et il comprenait tout à fait cela, les japonais..Quels types quand même..  
   
   Cependant, n'ayant pas été élevé dans ce genre d'éducation, il se contentait tout simplement de tricher quand il voyait les choses mal engagées ou bien alors de déclencher une bagarre afin de régler le problème. L'important était de gagner et la manière importait peu. C'était aussi un garçon égoïste, bien que la naissance de sa soeur l'ai ramené a une plus grande sociabilité. Comme lui et Laurent étaient des tricheurs et des mauvais joueurs le pauvre Franck hésitait toujours à se lancer dans de quelconques jeux, paris où toute autre compétition avec les deux autres. De toute façon avec Lucien et Laurent il y avait souvent des problème. Et Franck n'aimait pas les problèmes.

   Néanmoins tout cela faisait que ces trois lascars étaient  rivaux mais aussi les meilleurs amis au monde et ils partageaient joyeusement les affres de leur adolescence. Or, depuis peu, une nouvelle forme de compétition s'était installé entre eux et cette fois Franck était dans le coup. Les trois garçons s'étaient mis à écouter de la musique et malgré les disques qu'ils achetaient où qu'ils avaient la possibilité de découvrir, rien n'arrivait vraiment à les satisfaire.

    Lucien, tout comme  les deux autres, cherchait quelque chose de fort et de remuant mais tout ce qu'il écoutait ne l'emballait guère. Il regardait les émissions de variétés chaque samedi soir où écoutait le hit-parade à la radio, mais rien de tout ça ne le satisfaisait. Un jour il fit la découverte du rockabilly, les sonorités rock n' roll étaient un plus mais toujours pas ce qu'il recherchait. La surprise arriva du coté où il s'y attendait le moins c'est-à-dire de sa grand-mère maternelle.

   En effet, il avait la chance d'avoir tous ses grands-parents et le mardi soir ses parents l'amenaient, lui et sa petite soeur passer la journée du mercredi chez ses grands-parents maternels qui habitaient dans une autre cité de la banlieue nord.

   Un mercredi après-midi sa grand-mère lui donna deux cassettes qu'une de ses amies avait trouvé sur un banc dans un parc. L'une était une cassette d'un groupe du nom de Beach-Boys, l'autre était aussi un groupe dont le nom était Deep-Purple.

   L'anglais ne faisait pas vraiment partie des matières où Lucien brillait par son talent. C'est pourquoi il essayait de rattraper le retard. La cassette des Beach boys ne dura que quelques secondes dans le magnéto 

   - "Nul!" Dit-il en éjectant la cassette, la condamnation était sans appel.

   Il glissa la seconde cassette.

   Après quelques secondes d'écoute il s'apprêtait à réitérer son geste car la musique qui sortait du vieux magnéto avait un air de musique classique avec le son d'un orgue plus ou moins louche c'est à dire la dernière des choses que  Lucien supportait dans ce bas monde.  
          
   - Bon! Se dit-il en lui-même, il y a un truc qui cloche! 

   La musique bien que douce et mélodique avait néanmoins quelque chose d'inquiétant. Presque malsain. Soudain l'orgue symphonique fut remplacé par un cataclysme sonore dominé par une voix qui hurlait avec violence sur un rythme que Lucien n'avait jamais entendu auparavant. Le chanteur se faisait péter les poumons à vociférer de la sorte.

   Ce truc là était méchant, faisait plein de bruit et c'était ça qui plaisait à Lucien.  

   Le lendemain il faisait découvrir Deep-Purple "In rock" à ses deux copains et jubilait de montrer ainsi qu'il avait une fois de plus été le premier à découvrir un trésor.

   Laurent et Franck durent convenir que ce groupe était aussi à leur goût. Pour Lucien la victoire était totale. Totale mais éphémère. C'est pourquoi en voyant Franck s'agiter ainsi devant sa porte Lucien comprit qu'il avait mis la main sur quelque chose qui devait en valoir la peine.

   - Vises un peu la pochette, t'as jamais vu ça et attends... Quand tu vas écouter tu vas pas le croire! 

   Comme par magie Franck sortit le disque qu'il avait soigneusement dissimulé sous son blouson. Quand Franck lui tendit le disque, deux sentiments s'emparèrent de lui dès qu'il l'eut entre les mains. Le premier fut de regretter que cette découverte ne fut pas la sienne mais cela aurait été pire si celle-ci était venue de Laurent, Le second fut la certitude que ce disque était LE disque, le Grâal, le résultat final de toutes leurs recherches.  

   - Putain c'est quoi ça ? On dirait des martiens! S'exclama Lucien.

   Des martiens, en effet la comparaison n'était pas très exagérée car au vu de la tête des types qui posaient sur la pochette on pouvait se demander si cela était bien des êtres humains. C'était un double album, le recto montrait une scène remplie de fumées entourée par des lumières, le tout baignant dans un étrange brouillard et au milieu de tout ça, au premier plan, quatre types en pleine action avec des guitares bizarres, des tenues étranges, et des visages maquillés comme Lucien n'avait jamais vu auparavant. C'était incroyable. A l'arrière plan on distinguait une batterie posée sur une estrade, elle aussi dans les fumées avec un batteur brandissant ses baguettes au dessus de sa tête. Toute la scène était dominé par quatre gigantesque lettres composées de lumières qui formaient le nom du groupe. "KISS". Les deux "S" du mot KISS étaient dessinées à l'identique des lettres qui ornaient certains uniformes allemands pendant la seconde guerre mondiale. Sur ce disque était écrit "ALIVE" ce qui signifiait que c'était un enregistrement public. 
                         
   Lucien ouvrit la pochette, sur le côté gauche était représenté quatre bouts de papiers sur lesquels chacun des musiciens avaient griffonné quelques mots que Lucien n'essaya même pas de lire tellement il dévorait des yeux chaque détail de cette chose, sur le coté droit était représenté ce qui semblait être la discographie du groupe avec des pochettes aussi déroutantes les unes que les autres. Enfin le verso montrait une salle de concert bourrée de monde. Mais ce qui dépassait son entendement c'était la taille de la salle, on aurait dit le Parc des Princes recouvert par une dalle de béton, gavé d'une foule qui occupait aussi bien les gradins que le terrain. Il n'avait jamais imaginé qu'un groupe, aussi connu soit-il puisse déplacer autant de gens.   
             
   Deux filles brandissaient une banderole où elles avaient dessinées les visages des quatre musiciens avec leur maquillage. Il observa plus attentivement le maquillage des quatre cinglés, car pour lui ces types là devaient être vraiment des cinglés. "Des fêlés de la cafetière" comme disait sa grand-mère.

   Le bassiste était le plus impressionnant, son maquillage le représentait en démon, les yeux maquillés remontaient jusque sur le haut du crâne, il avait aussi des ailes de vampire et était vêtu de noir juché sur des chaussures avec des talons incroyablement hauts.

   Le premier guitariste ressemblait lui à un extra-terrestre avec son maquillage et ses chaussures couleur aluminium. Il pliait ses genoux de profil et brandissait sa guitare levée vers le ciel. Vers l'espace.

   Le second guitariste avait une étoile de dessinée sur l'oeil droit. Il faisait une sorte de moue boudeuse qui lui donnait avec le rouge à lèvre une dégaine décadente, sulfureuse, bien de face, les jambes droites un peu écartées et tenait une guitare étrange noire et blanche en forme de "V".

   Le batteur, lui ressemblait plutôt à un félin car il avait des traces de griffes et des yeux de chat dessinés sur le visage. Il était derrière son énorme batterie les mains en l'air en brandissant ses baguettes.

   Tous avaient les cheveux noirs et extrêmement longs. Jamais il n'avait vu ça, c'était tout simplement incroyable et pourtant ce n'était pas une image mais une photo. Ces types étaient vraiment comme ça, leur scène était également réelle et tout ce monde qui était dans cette salle venait pour les écouter et pour les voir. Incroyable, il ne manquait plus que le son pour que cette photo parle.

   Lorsque Franck posa la tête de lecture du petit électrophone sur la galette de vinyle noire, le choc auditif fut aussi intense que le choc visuel. Le grondement de la foule, l'arrivée du groupe sur la scène, il la voyait. Le début du concert avec les explosions et les décibels, l'adrénaline qui monte, les frissons, ce sentiment de pouvoir et de puissance. Il sentit ses poils se dresser sur ses avant bras.

   D'un seul coup tout paru évident, il savait, il avait toujours su, c'était en lui et maintenant cela explosait d'une évidence claire, c'était cette musique. Celle-ci et pas une autre.

   - Et en plus c'est un groupe Américain, c'est quand même autre chose que ta cassette de l'autre jour hein?

   Lucien ne releva pas la provocation car cette fois-ci il y avait pas lieu à polémiquer, la chose était entendue. Il buvait la musique tout en contemplant la pochette de KISS ALIVE.  

- Bon, il me le faut tout de suite! dit il soudain.
- Putain! quand je pense que c'est ma mère qui me la ramené!'
- Nan???!!! je croyais que c'était toi qui l'avait trouvé?
- Enfin presque... C'est ma mère, elle est allé faire les courses ce matin, elle a vu ce disque et elle s'est dit que c'était peut-être un petit cadeau à me faire en récompense de mon passage en troisième.'
- Ouais mais passage de justesse alors arrête de flamber, tu vas pas commencer à te vanter comme l'autre naze!
- A propos de l'autre, reprit Franck si on allait sonner chez lui il doit être là?
- D'abord on va acheter le disque et ensuite on va chez lui, dit Lucien soudainement impatient de voir la tête de Laurent quand il allait écouter ce truc. il allait certainement pas apprécier être le dernier sur ce coup là.... Le pied.

   A cette instant la mère de Lucien arriva dans l'impasse. La voiture heurta le trottoir assez durement. La journée devait avoir été assez difficile car à voir sa tête Lucien devina que sa mère n'avait pas l'air d'être dans ses meilleures dispositions. Il prit le risque de ne pas attendre. Elle avait à peine ouvert la portière de la voiture qu'elle se retrouva face à son fils passablement énervé lui aussi. 
  
   - Salut maman tu sais quoi, Franck, il a acheté un truc super et y'en a pas beaucoup, il en reste un et j'le veux... Enfin j'aimerais bien l'avoir aussi quoi, alors c'est O.K ? Tu sais j'ai toujours su que t'étais super sympa!!!

   Lucien savait que s'il arrivait à faire sourire sa mère c'était dans la poche sinon l'affaire tomberait à l'eau. Mais avec elle au moins les choses étaient claires.

   Sa mère sourit

   - Et c'est quoi ce truc super? 

   Deuxième phase fournir une réponse claire et montrer sa volonté.

   - C'est un disque, il est super, s'il te plaît... Comme ça je l'aurais pour les vacances!!! 

   Ce n'était pas dans les habitudes de sa mère de lui donner de l'argent ou de lui faire des cadeaux c'était plutôt celle des grands Parents, raison de plus pour Lucien de lui demander pour une fois de faire un effort.

   - Bon combien coûte-t-il ce disque ?

   Bonne question à laquelle il n'avait pas pensé. Le prix. Le dernier obstacle de taille. Il fallait jouer serré. Mais après tout lui aussi avait réussi son B.E.P.C. ça valait  largement un double album live de Kiss.

   - Dans les cents Francs! Lança Lucien.
   - Oh la... C'est trop cher, tu verras ça avec ton père! Lança sa mère.
   - Non Il coûte moins cher que ça... J'ai dis cent balles parce que je connais pas le prix exact mais il est vachement moins cher, c'est pour ne pas avoir à revenir si j'ai pas assez. Et comme je pars en vacances avec pépé mémé vous allez être tranquille je vous saoulerai pas avec la musique! ... et puis j'ai bien travaillé cette année.

   Sa mère sourit à nouveau
   - Eh ! ne vas pas trop te vanter, l'année prochaine tu as intérêt à bosser un coup!
- Justement il faut me motiver.' Reprit Lucien du tac au tac. L'humour, toujours l'humour mais en finesse car il savait que rien n'était jamais acquis d'avance et que le moindre mot
en trop signifierait la fin de la négociation.
- Ha la , celui là, tiens voila tes cent francs mais tu ramènes la monnaie et tu rentres à l'heure pour le dîner.
- Super, merci maman, pas de problème je serai à l'heure!Cinq minutes plus tard les deux garçons entraient dans la supérette, le coeur de Lucien battait à tout rompre. Il courait presque dans les rayons.
Enfin il reconnu la pochette tant convoitée qui trônait sur le présentoir.
Il s'en saisit d'un geste rapide.
- Maintenant on peut aller voir Laurent!!!! dit-il soulagé. 
C'était le pied. Pour une journée qui s'annonçait paresseuse et monotone les choses avaient plutôt évoluées et ce d'une manière tout à fait agréable et pour finir aller achever son rival.
                                            
Lucien appuya pour la seconde fois sur la sonnette mais rien ne bougeait; mauvais présage. Enfin Laurent fit son apparition à la fenêtre de sa chambre.
- Alors qu'est ce que tu fous, tu descends où quoi? Demanda Franck.
Laurent avait l'air très contrarié.
- "t'as vu la gueule qu'il a" dit-il à Franck. Il a du avoir une engueulade avec sa mère" 
- bon..tu bouges la?
- Je peux pas... Cette vieille pie veux pas que je sorte, elle me fait chier cette conne!'
Lucien prit un air entendu: Bonne pioche.

   On ne pouvait pas dire que c'était le grand amour entre la mère et le fils, cela devait y être pour beaucoup si Laurent avait autant de défauts. Franck et Lucien savaient que c'était elle qui tenait le ménage, le père lui était assez relax et souffrait d'un réel manque d'autorité mais ne ratait pas une occasion de mettre les voiles quand sa femme devenait trop pénible à supporter.

   C'était en partie grâce à elle si Laurent était un bon élève à l'école, mais la manière dont elle motivait ses deux fils n'était pas très saine, n'inculquant uniquement que des notions de supériorité et de domination.  
            
   De ce fait les deux frères étaient dans un état d'esprit de rapport de force permanent. La mère était dure mais ses enfants l'étaient autant et souvent les insultes et les gifles se distribuaient allègrement et plus les gosses grandissaient et plus les baffes étaient "interactives".  
 
- Putain tu crains... T'es naze on avait un super truc à te montrer... Tu vas pas me dire que  tu peux pas descendre même cinq minutes !?'

   Lucien savait qu'en s'y prenant de cette manière l'autre serait là dans les secondes à venir. De toute façon si cela pouvait énerver sa mère il était preneur. La porte du garage s'ouvrit et Laurent apparut.

- C'est quoi votre truc super?'
- C'est un disque que ma mère m'a acheté, lui répondit Franck.
- Ouais et il est tellement bien que je l'ai acheté aussi! Surenchérit Lucien.
- Ho ben si vous l'avez acheté tous les deux ça doit être un truc super nul!
- Putain t'es toujours aussi lourd, bouffon! Tout ça parce que toi tu l'as pas! rétorqua Lucien
aussitôt.
Franck soupira.
- Bon, stop, c'est le dernier jour et on ne sera pas ensembles avant deux mois alors on pourrait peut-être éviter les vannes pour aujourd'hui? Lança t-il sur un ton si ferme qu'il laissât les deux autres sans voix.  
Franck tendit le disque à Laurent, Lucien se félicitât d'avoir pensé à poser le sien à la maison ...on n'était jamais assez trop prudent.
Au vu de la pochette Laurent eut exactement la même réaction que les deux autres.     
- Bon on va aller cher toi Frankie, parce que chez moi en ce moment c'est zone sinistrée. La vieille pie va encore siffler!  
- D'accord on y va' dit Franck ravi.
La chambre de Franck était minuscule, un lit, un secrétaire et une chaîne hi-fi.                              Un trésor inestimable dont il était le seul à  posséder. 
Par conséquent, la chambre de Franck était petite mais très fonctionnelle.
Dés que les premières notes résonnèrent ce fut du délire, Lucien se reprit une  nouvelle montée d'adrénaline encore plus puissante qu'à la première écoute.
La musique avait encore plus de force et cela la rendait encore plus violente, plus agressive.                 
             
   - Vas y monte le son, mets à fond!!!  

   Lucien fut surpris de voir Laurent montrer aussi subitement son enthousiasme, envoyant voler sa réserve habituelle.

   Franck poussa le curseur du volume au niveau maximum. La petite chambre vibrait, les crayons posés sur le secrétaire bougeaient et les vitres tremblaient.

   Les trois garçons étaient envoûtés, hypnotisés, jamais ils n'avaient été confronter à une musique aussi démentielle.

   Lucien fermait les yeux, il était dans la salle et il en prenait plein la tête, il revoyait les musiciens à travers les fumées et les explosions multicolores, il était à New-York, en Amérique, à un concert de rock'n'roll. Le pays des voitures de police aux sirènes hurlantes, des gratte-ciel, des gangsters, toutes ces images se bousculaient dans sa tête.

   Un jour il irait là-bas, il le sentait, il le savait, oui, un jour il irait là-bas et ... La grande soeur de Franck ouvrit brusquement la porte, elle se rua sur le bouton du volume coupant ainsi net le son, ce qui fit instantanément passé Lucien de New-York à Epinay-Sur-Seine à la vitesse de la lumière.

- Ca va pas non, vous êtes complètement tarés! Cria t-elle.                                                          
- Lâche nous, on t'as rien demandé...Et puis d'abord dégage de ma chambre! éructa Franck 
- Attends... t'as vu comment tu me parles, tu vas voir quand maman va rentrer je vais lui dire
que tu mets la musique à fond, tu vas te faire engueuler grave!

   Nadine était une des deux soeurs de Franck, c'était la plus âgée car elle devait bientôt attaquer sa dix neuvième année. C'était une fille assez autoritaire au point que ni Laurent, ni Lucien n'avaient encore osé lui balancer une seule vanne. Pour eux les filles étaient des êtres bizarres dont il fallait se méfier. Ils avaient passé tous les trois leur cycle scolaire primaire dans une école non mixte et même si depuis la sixième ils avaient basculé dans un établissement mixte et avaient découvert une  attirance pour le sexe opposé le sentiment qui dominait était encore la méfiance.  
  
   Franck soupira et fit un signe de lassitude. Deux frangines plus un petit frère, le combat n'était pas équilibré, battre en retraite était une chose qui lui était devenue familière. Et puis aujourd'hui il n'avait pas envie d'avoir d'ennuis.    

- Bon, allez dégage on va baisser le son.
- Ouais t'as intérêt, j'ai des devoirs à faire moi! Reprit-elle.
- Quoi !!!? des devoirs tu te fous ne nous, tu vas pas nous sortir que t'as encore des devoirs à faire. On est en vacances depuis une semaine?!
- Pour vous peut-être mais pas pour moi.

   La porte claqua sur cette dernière phrase ne laissant aucune chance de réplique de la part d'un des trois garçons. 

   Laurent appréciât le zèle de Nadine pour l'importance qu'elle attachait à ses études scolaires il la trouva après tout assez intelligente pour une fille.

- Bon de toute façon faut que je rentre il va être l'heure de bouffer, dit Lucien.
- Moi aussi, je me tire, si ma mère voit que je suis sorti elle va encore gueuler.
- Bon bah salut Lulu, tu pars demain alors ? 
- Ouais avec les grands-parents à quatre heure du mat;
- Allez, salut Lulu et bonnes vacances, on se racontera tout ça à la rentrée.' dit Laurent en tendant la main à Lucien.
- Ouais salut!                                                                                                               
"Il est bizarre ce mec y'a des moments où je le hait et d'autres où il est
presque un frère." Pensa t-il en lui serrant la main.
- Alors! repris Franck il est pas super cet album?'
- Ouais il a pas l'air mal ! dit Laurent, de toute façon je repasse demain comme ça on pourra l'écouter en entier!

   Lucien eut un petit pincement au coeur car demain il ne serait plus avec ses amis en train d'écouter le disque et lui non plus ne l'avait pas encore écouté en entier.


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